«les addictions contemporaines à l’adolescence.»

Argumentaire

L’idée de ce volume consacré aux addictions contemporaines à l’adolescence nous est venue car il s’agit d’une nouvelle contribution à la clinique déjà complexe de l’adolescent. L’aborder, et ce avec un regard élargi et éthique à travers plusieurs disciplines nous est apparu comme fondamental. Se contenter du prisme de l’addictologie, science assez nouvelle somme toute, eut été réducteur et dénué de sens. Le caractère nouveau s’applique davantage à la clinique de l’adolescence. À titre d’exemple, en France, il n’existe aucun professeur de médecine en pédopsychiatrie addictologie.

Nous pensons que ces addictions contemporaines ont sûrement une base de compréhension commune à toutes les autres addictions de l’adolescent, mais, qui plus est, ont un sens élargi, reflet des angoisses et questionnements des adolescents dans notre société moderne de performance. On comprend aisément que les addictions à cet âge sont probablement un mode d’expression des ressentis et des difficultés, souffrances, de nos adolescents et par là même un baromètre de leur combat pour leur individuation, leur séparation d’avec leurs parents, de leur accès à l’autonomie face aux enjeux sociétaux de la nouvelle donne de la mondialisation.

Cette dernière fait face à une catastrophe sanitaire sans précédent et la réaction des aînés pour protéger la santé des jeunes et leur offrir un futur aura dans l’après-coup un impact majeur. Cela renforcera-t-il le repli version hikokomiri ? Cela renverra-t-il vers un nihilisme du réel via le virtuel ? Cela ira-t-il vers un retour de la pulsion de vie, mise en jachère par une partie de la jeunesse, la plus vulnérable ? Cela renforcera-t-il le recours à la fuite dans des conduites addictives multiples ? L’addiction est-il ou sera-t-il un mode revendicatif face à cette mise en conformité globalisante des cultures et des pensées ?

Les addictifs contemporains, et l’on pense surtout aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux, refusent–il de se soumettre au projet mondial d’une société unique ? Essaient-ils de créer une Éthique nouvelle de l’auto-recherche de soi-même devant la faillite des élites, des adultes en général et donc des parents dont ils s’éloignent de plus en plus, rendant le travail de transmission sécurisant difficile, voire impossible ? Quels rapports entretiennent ces addictions contemporaines avec la « LOI symbolique » ? En quoi la recherche en psychiatrie, en anthropologie, en biomédical, en sociologie, en psychologie clinique et en clinique psychanalytique peut permettre une compréhension du phénomène et une reprise de sens et d’orientation  dans un monde qui semble chamboulé et incapable de reprendre la main, de trouver un cap ? Ces addictions contemporaines à l’adolescence sont sûrement un signal d’alarme envoyé, un appel au secours, une recherche de main tendue pour passer ce cap si difficile de l’entre-deux de l’enfance et de l’âge adulte. Il y a là une tentative que nous espérons non désespérée pour accéder à la maturité via une hétérogénéité d’actions qui nous laisse perplexes,  mais non sans volonté de comprendre et d’aider.

Comment faire dialoguer sur ce sujet différentes générations de chercheurs ? On voit que tout ressort, le conflit, la pensée, le transfert, la transmission, le dialogue, l’éthique. À l’ère du tout accessible, de la pseudo-transparence, de la E-réputation, des enjeux du numérique, comment travailler, garantir le secret professionnel, approcher le phénomène ?

Nous souhaitons vous convier dans ce numéro spécial à réfléchir sur les problématiques qu’engendrent ces nouvelles addictions possibles même si elles sont très controversées. Le but de notre démarche est de passer dans une méta-pensée ouverte au-dessus des clivages épistémologiques en espérant des contributions de tous horizons dans la plus grande diversité (clinique, éthique, réflexive, etc…) pour éclairer aussi bien le profane que le lecteur averti ou le chercheur.

Nous souhaitons que ceux qui seraient tentés par cette aventure  puissent envoyer leur contribution à aziz.essadek@univ-lorraine.fr et à gerard.shadili@imm.fr  au plus tard pour le 30 septembre 2020.

Aziz Essadek

Maître de conférences, Université Nancy Lorraine

Chercheur collaborateur au CRIPCAS, Université de Montréal.

Gérard Shadili, Responsable de l’addictologie clinique adolescente au département Universitaire de l’adolescent et de l’adulte jeune du Pr Corcos Institut Mutualiste Montsouris 75014 Paris