La situation d’urgence sanitaire du Covid-19, jamais vécue jusqu’alors, a donné une impulsion nouvelle à un mouvement de fond, nommé “transition numérique”, déjà installé depuis plusieurs décennies quant à l’usage, la place et la fonction des outils numériques dans de nombreux secteurs de la société. L’impression d’une accélération s’est fait néanmoins sentir, que cela soit au niveau de la communication avec les outils de visio-conférence, du traçage notamment via l’application STOP-COVID lancée par le gouvernement le 2 juin, de la surveillance (les médicaments connectés sont désormais une réalité), ou encore du divertissement (les plateformes de streaming ont largement profité du temps de confinement).

C’est dans ce contexte inédit que s’inscrit ce numéro 5 de la nouvelle Revue de l’Enfance et de l’Adolescence. Nous souhaitons en effet soutenir une réflexion sur les transformations subjectives liées au numérique chez les enfants et les adolescents, ainsi que sur les pratiques professionnelles qui les accompagnent.

Comment cette subjectivation est-elle mobilisée et accompagnée au sein d’une société de plus en plus numérisée? Que dire de ce contexte où la communication via les outils numériques s’est amplifiée et où les données des big data prennent une fonction exponentielle ?

La particularité de la situation d’urgence sanitaire est d’avoir mis de nombreux professionnels, de différents corps de métier, dans l’obligation d’inventer ou de transformer leur pratique professionnelle à partir de l’outil numérique. Celui-ci n’est alors plus pensé seulement dans sa version ludique, récréative, comme l’était l’usage commun fait par les réseaux sociaux, les jeux vidéo ou les recherches personnelles internet, mais comme l’enjeu quasi vital d’un lien social, d’une preuve du travail effectué ou bien encore comme enjeu financier.

L’impulsion numérique qui a eu lieu fut inédite : des classes virtuelles quotidiennes avec des enfants à celles avec des adultes, des réunions virtuelles à outrance pour coordonner un travail d’équipe, des sport-lives pour se maintenir en forme, des skype-apéros, de la télémédecine à la télépsychiatrie, nous avons tous dû nous adapter à la distanciation physique imposée par la pandémie. L’urgence a poussé à l’agir, sans même penser à la captation de nos données sensibles. Et rares ont été les voix qui ont tenté de faire entendre une dimension critique à cette “informatisation totale” de nos vies.

En ce sens, il semble aussi essentiel de penser l’aspect politique de cette transition numérique: Des algorithmes remplacent ou vont remplacer progressivement des pans entiers de l’activité humaine où le jugement et l’évaluation d’êtres humains étaient jusqu’à présent requis. Mais comment sont façonnés ces algorithmes ? Qui va décider de leurs paramétrages ? Les débats autour de la mise en place de l’application Parcoursup, ou ceux autour des limites quant à l’introduction de l’intelligence artificielle dans le domaine du droit en sont de bons exemples récents. La question des données, notamment sur la santé, est également un domaine sensible où l’urgence chez nos gouvernants a prévalu sur une vraie réflexion. Cela a abouti à la création d’un entrepôt de données, le Health Data Hub, avec pour principal objectif, la rentabilisation. Cela a notamment pour conséquence que tout personnel soignant pratique aujourd’hui, sans parfois le savoir, la « e-médecine ».

Mais n’oublions pas que ces enjeux étaient déjà présents auparavant : nombre de professionnels ou de chercheurs orientaient leurs réflexions sur la mise en place de dispositifs numériques dans la prise en charge de patients, interrogeaient l’usage de logiciels de gestion informatisée du dossier patient en psychiatrie dans leurs pratiques ou encore soulignaient les impacts psychiques des usages du numérique chez le sujet.

Comment alors revenir sur les dispositifs numériques mis en place ? Que tirer de ces diverses expériences aux niveaux psychologique, social ou encore anthropologique? Comment penser les freins et leviers de ces outils numériques afin d’être plus à même de concevoir nos pratiques cliniques, éducatives, relationnelles par l’usage du numérique ?

Ce retour d’expériences pourra soutenir l’ajustement nécessaire à faire entre un “tout numérique” et le sujet qui se trouve derrière ces outils. Car il semble essentiel de revenir sur les différents dispositifs qui se sont mis en place progressivement depuis des années déjà ou bien dans une certaine urgence afin d’en élaborer une pensée et de se donner des repères.

Il s’agirait donc dans ce numéro 5 de la Nouvelle Revue de l’Enfance et de l’Adolescence d’aborder de façon critique les modifications et transformations des pratiques de professionnels dues à l’introduction récente ou l’usage bien installé d’outils numériques. Nous souhaiterions ainsi explorer des points de vue dans des domaines variés tels que l’enseignement, l’accompagnement social et éducatif, le soin médical et psychique, le sport et les loisirs, mais aussi celui du recueil des données et de leur exploitation.

Echéances : envoi du texte juin 2021.

Les propositions de texte sont à envoyer à :

Angéligue Gozlan : angelique.gozlan@gmail.com

Vincent Le Corre : vincent_le_corre@hotmail.com

Arnaud Sylla : arnaud.sylla@gmail.com